Victimisation des jeunes et dynamiques urbaines de la violence

Dans un contexte urbain marqué par des transformations sociales, économiques et technologiques rapides, la compréhension des dynamiques de victimisation chez les jeunes dans l’agglomération de Montréal apparaît essentielle pour soutenir l’élaboration de politiques publiques de prévention efficaces.

Ce rapport présente une analyse de la victimisation des jeunes de 24 ans et moins dans l’agglomération de Montréal entre 2018 et 2024, en portant une attention particulière aux crimes contre la personne commis dans les espaces publics. L’étude mobilise une approche socioécologique qui permet d’examiner les facteurs de risque et de protection associés à la violence à différents niveaux d’analyse : individuel, relationnel, communautaire et structurel.

D’une part, l’analyse des données met en évidence une augmentation du nombre de jeunes victimes de 24 ans et moins de crimes contre la personne dans les espaces publics de l’agglomération de Montréal entre 2018 et 2024.

Les résultats montrent que les espaces publics occupent une place importante dans l’exposition des jeunes à certaines formes de violence. Plus d’un tiers des crimes contre la personne commis dans les espaces publics de l’agglomération impliquant des victimes de 24 ans et moins se produisent sur la voie publique, tandis qu’une proportion notable d’incidents survient également dans des parcs et des restaurants.

L’analyse confirme également que la victimisation des jeunes est influencée par un ensemble de facteurs interconnectés. Les conditions socioéconomiques, les caractéristiques des environnements urbains, les dynamiques familiales et relationnelles ainsi que certaines vulnérabilités individuelles contribuent conjointement à façonner les trajectoires d’exposition à la violence. Les recherches montrent notamment que les contextes marqués par des inégalités sociales, des environnements urbains dégradés ou une faible cohésion communautaire peuvent accroître les risques de victimisation.

Par ailleurs, les transformations des modes de socialisation des jeunes, notamment liées à l’utilisation croissante des technologies numériques, contribuent à l’émergence de nouvelles formes de violence telles que la cybervictimisation. Ces phénomènes peuvent s’articuler avec la violence vécue dans les espaces physiques et accentuer les effets psychologiques associés à la victimisation.

D’autre part, au-delà de l’identification des facteurs de risque, la littérature scientifique met en évidence plusieurs facteurs de protection susceptibles de réduire l’exposition des jeunes à la violence. Parmi ces facteurs figurent notamment le développement des compétences socioémotionnelles, la qualité des relations familiales et sociales, la présence d’adultes significatifs dans la vie des jeunes, ainsi que l’existence d’environnements scolaires et communautaires positifs.

Les recherches internationales indiquent que la prévention de la violence chez les jeunes est plus efficace lorsqu’elle repose sur des approches intégrées combinant interventions sociales, politiques publiques et aménagement urbain sécuritaire. Les initiatives mises en œuvre dans différentes villes à travers le monde, telles que le modèle de Cardiff, le programme Cure Violence ou les programmes d’amélioration urbaine participative, illustrent l’importance de la collaboration entre les secteurs de la santé, de la sécurité publique, de l’urbanisme et du développement communautaire.

Pour conclure, si les jeunes peuvent être particulièrement exposés à certaines formes de violence et de victimisation, ils représentent également des acteurs essentiels du changement social. Leur participation active aux initiatives communautaires, aux processus de planification urbaine et aux stratégies de prévention, constitue un levier important pour construire des environnements urbains plus sûrs et plus inclusifs.

Les analyses présentées dans ce rapport conduisent donc à proposer plusieurs orientations stratégiques pour renforcer la prévention de la violence chez les jeunes telles que:

  • agir en amont sur les déterminants sociaux et territoriaux de la violence au moyen de politiques urbaines inclusives
  • développer des interventions ciblées dans les milieux et les territoires les plus exposés à la violence
  • renforcer les services d’accompagnement destinés aux jeunes victimes
  • améliorer la sécurité et l’attractivité des espaces publics
  • favoriser la participation active des jeunes dans les stratégies de prévention.

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